<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Homélies | Dominicains de Bordeaux</title>
	<atom:link href="https://bordeaux.dominicains.com/homelies/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://bordeaux.dominicains.com</link>
	<description>Une communauté de religieux catholiques au cœur de la cité</description>
	<lastBuildDate>Sun, 20 Sep 2026 11:00:32 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.8</generator>
	<item>
		<title>Comment ça,  »les premiers seront les derniers » ?</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/comment-ca-les-premiers-seront-les-derniers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. David Perrin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Sep 2026 10:43:42 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23872</guid>

					<description><![CDATA[J’aimerais me concentrer sur la fin de la parabole, m’arrêter sur cet instant précis où s’opère la bascule, où les premiers deviennent derniers et les derniers, premiers. Comment expliquer la chute, si récurrente, des premiers, des mieux placés, cette renverse inattendue, mais récurrente ? C’est l’histoire, par exemple, de ce centurion romain qui fait l’admiration [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>J’aimerais me concentrer sur la fin de la parabole, m’arrêter sur cet instant précis où s’opère la bascule, où les premiers deviennent derniers et les derniers, premiers. Comment expliquer la chute, si récurrente, des premiers, des mieux placés, cette renverse inattendue, mais récurrente ?</p>
<p>C’est l’histoire, par exemple, de ce centurion romain qui fait l’admiration de Jésus : « Je vous le dis, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi. » Comment est-ce possible ? Comment un romain, qui ne connait pas la loi et les prophètes, un tard venu, peut-il avoir une foi plus grande qu’un juif, un membre du peuple élu, formé depuis des siècles ?</p>
<p>C’est l’histoire aussi de cette pécheresse anonyme devenue une sainte en un instant. Celle-ci est connue de toute la ville pour ses actes. Elle fait irruption dans une maison, se jette aux pieds du Christ, sanglote, pleure, parce qu’elle a péché. Et voici qu&rsquo;elle surpasse par son repentir, par son amour, la justice du pharisien chez qui elle est entrée : « Simon tu ne m’as pas embrassé, elle si. tu n’as point versé d’huile sur ma tête, mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds. C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés : car elle a beaucoup aimé. »</p>
<p>C’est l’histoire encore de ce publicain qui vient prier au temple au même moment qu’un pharisien. Le premier n’ose même pas lever les yeux au ciel. Le pharisien, quant à lui, dit sa prière : « Merci mon Dieu ! O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. » Quand ils sortent de l’église, pardon, du temple, c’est le publicain qui est juste. Pas le pharisien. Voilà comment un premier devient dernier et un dernier premier.</p>
<p>Cette bascule s’opère partout, tout le temps. Elle touche ceux qui travaillent, de près ou de loin, pour le Christ. Regardez Marthe&#8230; Voilà des heures qu’elle sue sang et eau, qu’elle travaille aux fourneaux. Au début avec joie. À la fin, avec colère. Vient un moment où elle se fatigue, s’agace, se met à regarder à travers la fenêtre, à jalouser sa sœur. Regardez-moi cette flemmarde&#8230; Elle est là, tranquille, bien assise au pied de Jésus, à l’écouter, pendant que moi, pauvre cruche, moi, l’ouvrière de la première heure, moi qui fais tourner la boutique, moi qui me donne la peine, je me démène, sans que personne ne se soucie de moi. Je vais aller le dire au maître : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir? Dis-lui donc de m&rsquo;aider. » Le drame de Marthe, c’est le drame des ouvriers du Christ, le drame des premiers dont la charité finit par se gâter, de leur relation au maître gâchée.</p>
<p>Nous aurons beau suer sang et eau, nous aurons beau nous dépenser sans compter pour construire une famille chrétienne, pour remplir la mission que Dieu nous a confiées, nous aurons beau abattre plus de travail que n’importe qui pour le royaume de Dieu, si nous n’avons pas la charité, si nous œuvrons sans amour, si nous agissons de mauvaise grâce, avec un cœur retors, triste, en jugeant tout ce que les autres ne font pas et devraient faire, en les méprisant ou en les jalousant, en disant que Dieu devrait faire autrement, en récriminant contre lui, en lui reprochant sa gestion, sa manière de gouverner le monde, de nous traiter, nous ses ouvriers&#8230; nous n&rsquo;entrerons pas dans le Royaume de Dieu. Nos efforts ne nous mériteront pas le ciel. C’est de l’eau qui se perd dans le sable, du plomb, non de l’or, des mérites perdus.</p>
<p>Ouvriers de la première heure, catholiques depuis le berceau, ne regardez pas comme des pharisiens ceux qui ne sont pas comme vous, ceux qui semblent ignorer la foi, les publicains, les pécheurs, les prostituées, car il se peut, si vous vous jugez supérieurs à eux, que ceux-ci vous devancent dans le royaume de Dieu. Ne jugez pas les ouvriers qui rejoignent sur le tard la vigne du Seigneur. Ne les enviez pas non plus en jalousant de quelque manière la fête que Dieu leur fait, la fête que l’Église leur fait : « Pourquoi Dieu n’est-il pas venu à moi comme à eux ? Pourquoi n’ai-je pas leur grâce ? leur feu ? Pourquoi personne ne s’intéresse pas à moi. » Ne soyez pas comme ce fils ainé qui ne mesure pas la chance que c’est d’être depuis toujours auprès du Père, de jouir depuis toujours de ses biens : « Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. »</p>
<p>Vous, les ouvriers de la neuvième voire de la onzième heure, n’oubliez pas d’où vous venez, par quels chemins vous avez erré, ce que fut votre ancienne vie. N’enviez pas les ouvriers de la première heure, en pensant que tout était facile pour eux, qu’ils ont moins souffert que vous, qu’il leur était facile d’être chrétien, parce qu’ils ont eu des parents chrétiens, parce qu’ils ont grandi dans des structures chrétiennes, ne croyez pas que leur fidélité était d’avance gagnée, que leur charité s’explique, que leur bonheur est assuré. Vous ne savez pas ce que c’est que d’endurer le poids du jour, sans voir le maître, ce qu’il faut de vertu, de courage, d’amour et de foi pour persévérer toute une vie durant&#8230;</p>
<p>Chers amis, quelle que soit l’heure où le Seigneur nous prend, que ce soit de bon matin, au midi ou au soir de notre vie, rendons grâce à Dieu de nous offrir de le le servir. Réjouissons-nous de sa générosité, de sa volonté de ne perdre aucun d&rsquo;entre nous, de nous donner à tous le même don, la même grâce, le même royaume. Œuvrons de toutes nos forces, de bonne grâce, tant qu’il fait jour, tant qu’il reste encore un peu de jour, jusqu&rsquo;à notre dernier souffle. Un de nos frères, Jean-Marie Mérigoux, disait à l’un de nous, quelques jours avant de mourir : « C’est l’heure d’aimer, c’est l’heure d’aimer. » En vérité, c’est l’heure d’aimer. Maintenant.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Au bout de nos croix la gloire !</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/au-bout-de-nos-croix-la-gloire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. David Perrin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Sep 2026 08:51:28 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23868</guid>

					<description><![CDATA[La fête de la croix glorieuse est sans doute l’une des plus capables de raviver notre espérance et de (re)donner sens à notre vie. Elle nous révèle qui est Jésus, ce qu’il a fait pour nous ; mais aussi qui nous sommes et ce que nous pouvons faire grâce à lui. Elle nous révèle, tout [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La fête de la croix glorieuse est sans doute l’une des plus capables de raviver notre espérance et de (re)donner sens à notre vie. Elle nous révèle qui est Jésus, ce qu’il a fait pour nous ; mais aussi qui nous sommes et ce que nous pouvons faire grâce à lui.</p>
<p>Elle nous révèle, tout d’abord, Jésus. Elle nous enseigne ce que fut sa Passion en vérité, non en apparence. Sur la croix, le Christ fut massacré, torturé. Il a subi, il a pâti, il a souffert, il a expiré. Mais il a vécu ce supplice et cette mort avec une volonté d’amour, une volonté libre, une volonté emplie de miséricorde et de compassion, débordante de pardon et de vertus, une volonté bonne, sainte, sans tache, entièrement offerte à Dieu, tellement bonne, tellement méritante, qu’elle a valu pour chacun de nous, y compris, pour les criminels, à commencer pour ses bourreaux , la possibilité d’être racheté, sauvé, pardonné, rétabli dans l’alliance avec Dieu.</p>
<p>Jamais aucun acte humain, jamais passion humaine ne furent aussi purs, aussi saints, aussi féconds, aussi glorieux que ceux du Christ en croix. Par ses douleurs, par ses souffrances, le Fils de Dieu fait chair, en son humanité, a satisfait, réparé, mérité pour tous ses semblables en humanité. Dans sa défiguration, il a reconfiguré l’humanité. Dans sa douleur, il lui a redonné la santé. Dans l’horreur et l’affliction, il lui a rendu la joie. La croix est le lieu de la plus haute, de la meilleure, de la plus noble « bonne action » que le Christ a faite durant sa vie terrestre. Par elle, toutes nos épreuves, toutes nos peines, toutes nos douleurs, tous nos fardeaux, peuvent avoir une fécondité.</p>
<p>Il m’arrive très souvent de penser au jour de notre rencontre avec Dieu, de ce moment de vérité où Dieu pèsera notre âme, la jugera pour ce qu’elle fut en vérité et d’imaginer ce que le Christ nous dira à cet instant. Il se pourrait que nous soyons surpris. Tel péché que nous avons fait, telle série interminable de péchés que nous avons faits, qui furent pour nous honteux et terribles, le seront-ils autant aux yeux de Dieu ? Tel acte, à l’inverse, que nous avons fait ou que nous aurions dû faire ne sera-t-il pas mille fois plus grave que nous le pensions ? Nous avons vu la paille dans notre œil, mais pas la poutre&#8230; Dans l’ordre du bien maintenant : tel acte bon sur lequel nous nous fondons, en qui nous nous confions, sur lequel nous tablons (un peu, beaucoup) pour nous ouvrir le ciel, comptera-t-il autant que nous pouvions le penser ? Le Christ dit qu’un verre d’eau donné à certaines conditions peut nous ouvrir les portes du ciel. Il se peut que nous soyons sauvés pour des actes que nous jugeons aujourd’hui infimes, dérisoires, et que nous avons complètement oubliés. Mais tout cela un jour sera révélé, rappelé à notre mémoire. Un jour, la vraie valeur de nos actions, bonnes ou mauvaises, sera dévoilée. La vraie valeur des croix que nous avons portées, bien portées ou mal portées. C’est là que le mystère de la croix glorieuse est en mesure de raviver notre espérance.</p>
<p>Je disais au début que la Passion fut la plus grande œuvre du Christ. Qui sait si nos croix, petites ou grandes, si les épines du quotidien qui blessent notre chair et notre âme, si les souffrances et les fardeaux du quotidien ne sont pas les actes qui nous vaudront à la fin le plus d’être sauvés ? La souffrance, en particulier la souffrance physique ou psychologique, nous semblent inutiles, vaines, stériles : Pourquoi Seigneur ? À quoi bon ? Pourquoi moi ? Pris isolément, en elles-mêmes, par elles-mêmes, il est vrai, les souffrances n’ont pas de fécondité. Elles sont des trous noirs, des abîmes. Mais si elles sont vécues dans le Christ, en communion avec lui, offertes pour lui, vécues comme lui, chrétiennement, elles peuvent être glorieuses.</p>
<p>Regardons le signe que Jésus ressuscité a donné à ses disciples. Dans sa chair, il a conservé les marques de sa passion. Son corps, pourtant vivant, pourtant restauré, a conservé les trous des clous, la plaie de la lance. Jésus a cessé de souffrir. Son corps a été récompensé et glorifié. Mais ses plaies sont encore là, ouvertes. Elles sont la preuve de l’amour dont il nous a aimés : ses titres de gloire. Si jamais nous avons la grâce de la persévérance finale, si jamais nous avons la grâce d’entendre le Christ nous dire : « Mon ami, mon serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître », nous serons peut-être surpris de l’entendre nous confier : « Tes souffrances, tes larmes, tes croix t’ont uni à moi et tu ne le savais pas. Tu n’as pas souffert en vain, pour rien. Tes croix d’hier t’ont mérité la gloire d’aujourd’hui. »</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le trône du Christ ? Une Croix. Sa victoire ? L’amour.</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/le-trone-du-christ-une-croix-sa-victoire-lamour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Frère dominicain]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Nov 2025 17:57:13 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23824</guid>

					<description><![CDATA[Il faut bien le reconnaître, si quelqu’un avait l’intention de voler les joyaux de la Couronne du Christ-Roi, il ne pourrait pas en tirer grand-chose. Sa couronne est d’épine, son trône plutôt rustique et inconfortable, son sceptre ridicule, et sa Cour mal fréquentée… Bref, pas de quoi vous faire rêver la prochaine fois que vous [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="xdj266r x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs x126k92a">
<div dir="auto"></div>
</div>
<div class="x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a"></div>
<div class="x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a">
<div dir="auto">Il faut bien le reconnaître, si quelqu’un avait l’intention de voler les joyaux de la Couronne du Christ-Roi, il ne pourrait pas en tirer grand-chose. Sa couronne est d’épine, son trône plutôt rustique et inconfortable, son sceptre ridicule, et sa Cour mal fréquentée… Bref, pas de quoi vous faire rêver la prochaine fois que vous lirez Point de vue ou Paris Match chez le dentiste ; le Christ n’a pas le sens de la communication politique. Aujourd’hui, le Roi est nu ; « Il n’avait ni beauté ni éclat pour nos regards ». On le sait bien, sa royauté déroutante n’est pas de ce monde, et c’est avec la foi du bon larron qu’il faut la contempler.</div>
</div>
<div class="x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a">
<div dir="auto">En dépit des illusions des foules de toute époque, Jésus n’est donc pas venu se substituer aux pouvoirs publics : le messie crucifié règne par le bois, autrement dit par l’amour d’un Dieu qui veut unir le ciel et la terre. Voilà le Royaume que le berger de nos âmes est venu étendre après que le péché nous a rendus apatrides. En désobéissant au pied de l’arbre, Adam et Ève — lieutenant de Dieu — avaient usurpé la royauté ; avec le Nouvel Adam, le Christ-Roi de l’univers, l’ordre des choses est restauré et la solennité d’aujourd’hui couronne triomphalement notre année liturgique en dévoilant l’orientation ultime de l’histoire du monde : le règne définitif de Dieu à la fin des temps, que nos liturgies ici-bas inaugurent aujourd’hui. Lui, le Verbe était au commencement parce que tout fut créé en lui et pour lui, et sa seigneurie se manifestera pleinement à la fin des temps, lorsqu’il jugera les vivants et les morts. Il est le Roi de l’univers parce que tout subsiste en lui, et que tout fut racheté par lui. Sur l’arbre de la Croix, le Christ-Roi, alpha et oméga, embrasse donc toute l’histoire. Ainsi, le temps n’est plus un fleuve nous entraînant malgré nous vers un avenir fuyant sans cesse : devenu liturgique, il est réorienté — densifié — par celui dont le mystère pascal fait se déverser l’aujourd’hui de l’éternité en notre temps.</div>
<div dir="auto"></div>
</div>
<div class="x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a">
<div dir="auto">On pourrait cela dit objecter que tout ceci est un peu facile. Comme le disait récemment Jésus lui-même : « le Règne de Dieu n’est pas observable ». Ne voudrait-on pas en espérer davantage ? Les habits neufs du Christ-Roi sur la Croix, que seul le bon larron est capable de discerner, ressemblent furieusement à une escroquerie. D’ailleurs, la solennité du Christ-Roi, qui avait à l’origine une connotation plus sociale et politique, est désormais revêtue d’une dimension plus eschatologique, renvoyant à la pleine réalisation de ce Royaume à la fin des temps… Ne devrait-on pas alors penser le Royaume de Dieu comme la Patagonie, dont Jean Raspail écrivait qu’elle était « ailleurs, autre chose, un coin d’âme caché, un coin de cœur inexprimé ; un rêve, un regret, un pied de nez ; un refuge secret, une seconde patrie pour les mauvais jours, un sourire, une insolence. » Le Christ, « combien de divisions ? »</div>
<div dir="auto"></div>
</div>
<div class="x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a">
<div dir="auto">Soyons lucides : la réponse est déplaisante ; car c’est en notre cœur que passent les frontières de son royaume. Le Christ est Roi de l’univers, mais il est un domaine où son empire peut être mis en échec ; celui de notre liberté. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu », disons-nous avec les chefs du Peuple lorsque nous désertons cette patrie. On ne peut pas servir deux Maîtres. Parce qu’il règne par l’amour, le Christ ne veut pas nous conquérir autrement que par les armes de l’amour crucifié. Le Golgotha est un champ de bataille. Il ne faut pas s’y tromper : du haut de la Croix, le Christ est un conquérant ; il fait le siège de notre âme, cette place forte, pour y étendre dès ici-bas son royaume. Qu’on se le dise, il est plus grand que Dieu fasse régner sa grâce dans une âme — réalité surnaturelle — que de créer le ciel et la terre — réalités périssables. (Les frontières du Royaume passe en notre cœur), mais c’est aussi par notre cœur que la royauté sociale du Christ veut se répandre dans le monde, nous qui sommes couronnés rois en vertu du baptême. Cette couronne — d’épines — est aussi sur notre tête. Le royaume de Dieu est au milieu de vous, parce qu’il est d’abord au dedans de vous. Ce règne de justice, de vérité et de paix n’est pas une promesse électorale utopique ; il est le dessein de Dieu pour le monde, son « bon plaisir » — celui que nous espérons, et pour lequel nous collaborons concrètement lorsque nous nous convertissons ; autrement dit lorsque nous laissons régner en nous cette force puissante de renouvellement. Ce Fils de David n’est pas un Roi fainéant. Le Seigneur tout-puissant gouverne bien le monde en composant avec nos libertés ; c’est là son projet, auquel nous sommes invités à coopérer en lui rendant à genoux, nos mains dans les siennes percées de clous, l’hommage de toute notre vie. « Que ton règne vienne ! »</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto">Au pied de la croix, deux types de spectateurs défilèrent ainsi sous les regards du Christ. Ceux qui espéraient voir les diamants de la Couronne repartirent bredouilles. Le bon larron, pauvre et crucifié, nu lui aussi, discerna quant à lui la pourpre sanguinolente du Roi des Rois, et se laissa vaincre. Voleur jusqu’au bout toutefois, « braqueur de la miséricorde », il quitta la terre enrichi, ennobli, sauvé. Comme lui, sachons comprendre que c’est aujourd’hui que le Royaume grandit mystérieusement ; c’est aujourd’hui que toute chose est restaurée dans le Christ. Car aujourd’hui, pour nous, le Roi est mort. Vive le Roy !</div>
</div>
<div dir="auto"></div>
<div dir="auto" style="text-align: right;">Fr. Corentin Pezet, op</div>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Homélie de fr. Olivier de Saint Martin pour l&#8217;inauguration des travaux</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/23819/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Frère dominicain]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Nov 2025 09:11:30 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23819</guid>

					<description><![CDATA[Chers frères et sœurs, chers amis, En ce jour de la mémoire de saint Albert le Grand, sera donc donné, après cette eucharistie, le premier coup de pioche du grand chantier qui transformera le couvent. Vous pourrez ainsi témoigner que vous avez vu des dominicains creuser autre chose que les Écritures. C’est un évènement rare ! [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chers frères et sœurs, chers amis,</p>
<p>En ce jour de la mémoire de saint Albert le Grand, sera donc donné, après cette eucharistie, le premier coup de pioche du grand chantier qui transformera le couvent. Vous pourrez ainsi témoigner que vous avez vu des dominicains creuser autre chose que les Écritures. C’est un évènement rare !</p>
<p>Si l’Évangile, que nous venons d’entendre terminait sur les bons serviteurs, il évoquait aussi celui qui, ayant reçu un talent, « alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître ». Il creusa la terre, faisant de celle-ci une tombe. Il transforma une puissance de vie en mort à l’encontre de l’exhortation du Seigneur dans le Deutéronome : voici que je place devant toi la vie et la mort, choisis la vie ! Ce type de choix existe souvent dans nos existences. Et aujourd’hui, nous choisissons la vie.</p>
<p>La parabole des talents et la mémoire de S. Albert le Grand, patron des universitaires, m’a fait penser au roman <em>Le nom de la Rose</em>. L’Abbaye où il se déroule comprend une grande bibliothèque, comme il y en a une ici. Mais – et cela n’est pas le cas ici, le frère Jorge, bibliothécaire, a peur que le savoir soit mal utilisé, il a peur que les esprits faibles comprennent mal. Alors il fait de la bibliothèque un labyrinthe mortel. À l’inverse, le jeune frère Adso découvre que, les livres parlent des livres, autrement dit qu’ils parlent entre eux. Une bibliothèque, comprend-il, est le lieu d’un long et séculaire murmure, d’un dialogue imperceptible entre parchemin et parchemin, une chose vivante, […] trésor de secrets émanés de tant d’esprits […] qui les avaient produits, ou s’en étaient faits les messagers. Le savoir est fait pour être transmis, pour fructifier. Les livres, la bibliothèque sont comme des talents appelés à se féconder mutuellement. Remarquez que cela ne se fait pas sans prendre de risques, ceux qui font dialoguer des pensées différentes.</p>
<p>Et c’est de cela dont il s’agit aujourd’hui. Un premier coup de pioche va être donné, non pour enfouir mais pour bâtir, pour faire fructifier ce qui nous a été confié : la vocation de jeunes religieux qui nous confient leur formation, les savoirs de notre bibliothèque qui doivent être mis à disposition pour les lecteurs et nourrir notre prédication. Ce chantier est l’antithèse de l’attitude du serviteur peureux : c’est un acte de confiance en l’avenir, d’espérance en la Providence. Nous ne voulons pas seulement conserver, nous voulons investir.</p>
<p>Et, d’une certaine manière, il est bon que cela se passe en la fête du frère Albert. Il est dit Grand, car il a su construire l’édifice d’une pensée articulant foi chrétienne et sciences profanes. Il a posé les fondements de la cathédrale intellectuelle que son élève Thomas d’Aquin continuera, sans l’achever, image de ce qui nous est confié<br />
d’ailleurs. Frère Albert le Grand fut l’homme de la bibliothèque ouverte, du dialogue entre foi et science profane, de la connaissance partagée, de la vérité qui libère. Ce couvent veut être dans son sillage : un lieu où l’étude, la prière et la vie fraternelle se fécondent mutuellement, où les talents ne sont pas enfouis mais multipliés. Et, encore une fois, il a besoin de travaux pour cela.</p>
<p>Il a besoin de travaux pour que nous mettions toujours plus en pratique ce à quoi nous exhortait le pape François, dans sa lettre à l’occasion du 8 ème centenaire de la mort de saint Dominique. Voilà précisément ce que ce chantier doit rendre possible : former des prédicateurs capables d’annoncer l’Évangile avec intelligence et charité, créer un espace où la recherche théologique se met au service du salut des âmes.</p>
<p>Mais comment faire quand, comme dominicains, on veut vivre du commandement du Christ à ses disciples : N’emportez ni or ni argent ? En comprenant que cela ne nous interdit pas d’en recevoir ! Et vous êtes bien placés pour le savoir, vous qui nous soutenez avec tant de générosité. Peut-être avez-vous ainsi été invités à un dîner et avez découvert qu’il s’agissait, en fait, d’une levée de fonds. Peut-être avez-vous alors eu envie de dire, comme le professeur Topaze, dans la pièce de Pagnol : Vous m’avez attiré dans un guet-apens ! J’espère toutefois que vous pouvez continuer en disant : « mais je l’ai trouvé agréable ». Je voudrais vous dire aussi, que votre générosité a quelque chose d’un piège, délicieux, pour les frères : elle nous engage, elle nous responsabilise, elle nous oblige à être fidèles.</p>
<p>Le Concile de Vatican II rappelait que l’Évangile enseigne sans relâche à faire fructifier tous les talents humains au service de Dieu et pour le bien des hommes, enfin confie chacun à l’amour de tous (Gaudium et spes 41, 2). Je crois que ce qui se passe actuellement en est l’illustration. Nous recevons votre investissement, vos dons matériels comme autant de prolongements de vos talents qui fructifient dans le monde. Ils sont aussi des talents que vous nous confiez, à l’image du maître de la parabole. En finançant ces travaux, vous voulez, au risque de me répéter, qu’ici, se déploie la prédication, que s’épanouisse la recherche théologique, que se forme une communauté<br />
fraternelle rayonnante. C’est cela que doit être un couvent. Un lieu de vie : celle de la prière, où les frères intercèdent pour le monde. Celle de l’étude, où la vérité se cherche avec rigueur et passion. Celle de la prédication, où l’Évangile est énoncé à temps et à contretemps. Celle de la fraternité, où l’on apprend à vivre ensemble, témoins d’une humanité réconciliée par le Christ. Celle de la grâce reçue et communiquée.</p>
<p>Le chantier du couvent devient alors, comme la bibliothèque du <em>Nom de la Rose</em>, comme celle du couvent appelée à s’ouvrir à plus de personnes, le carrefour des talents. Les talents de ceux qui donnent de leur argent et de leur temps, les talents de ceux qui construisent avec leurs mains et leur ingénierie, et les talents des frères, qui devront faire fructifier tout cela par leur vie, leur travail et leur prédication. Alors nous pourrons tous, chacun de notre place, entendre le Seigneur nous dire Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maitre. Il nous le dit déjà, nous invitant à la joie de bâtir son Royaume, pierre après pierre, avec les talents mis en commun.</p>
<p style="text-align: right;">fr. Olivier de Saint Martin, op<br />
Prieur provincial</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le sanctuaire de son corps &#8211; Homélie pour la Dédicace du Latran</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/le-sanctuaire-de-son-corps-homelie-pour-la-dedicace-du-latran/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. Guillaume Petit]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Nov 2025 18:01:36 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23826</guid>

					<description><![CDATA[Après qu’il eut « construit la maison pour le nom du Seigneur » (1R 8, 20), le roi Salomon fait une expérience d&#8217;apparence contradictoire : d’un côté, il est bien conscient que la construction du temple est le fait de décisions humaines et qu’il s’origine dans le désir de David « qui avait pris à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Après qu’il eut « construit la maison pour le nom du Seigneur » (1R 8, 20), le roi Salomon fait une expérience d&rsquo;apparence contradictoire : d’un côté, il est bien conscient que la construction du temple est le fait de décisions humaines et qu’il s’origine dans le désir de David « qui avait pris à cœur de construire une maison pour le nom du Seigneur, le Dieu d’Israël » (1R 8, 17) ; d’un autre côté, il perçoit avec acuité que tout cela ne s’est fait que parce que Dieu, maître des temps et de l’histoire, a conduit les événements. L’érection du temple de Jérusalem exprime donc à la fois l’infinie transcendance de Dieu et son action dans l’histoire tout humaine du peuple qu’il s’est choisi.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est alors que Salomon s’écrit : « Est-ce que vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? » L’objection que le jeune roi se fait aussitôt – « Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir, encore moins cette Maison que j’ai bâtie ! » (1R 8, 27) – le conduit à réduire la portée de son émerveillement : à défaut d’être présent, qu’au moins Dieu, du haut du ciel, écoute la supplication de son peuple quand il priera en ce lieu. La gloire de Dieu a beau s’est manifestée comme un feu descendu du ciel, elle a beau avoir dévoré l’holocauste et les sacrifices, elle a beau avoir rempli la Maison (cf. 2Ch 7, 1), il manque toutefois quelque chose. Le désir de la présence de Dieu reste inassouvi.</p>
<p style="font-weight: 400;">En effet, la gloire de Dieu se manifeste sous la forme d’une nuée qui la révèle et la dérobe simultanément. C’est bien ici, dans le temple, que la gloire est présente mais elle est encore cachée. Dans le jeu entre la présence de Dieu et sa transcendance, c’est cette dernière qui prévaut : Dieu « habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vue, et nul ne peut le voir » (1Tim 6, 16). C’est que le temple de Jérusalem n’était pas destiné à être le lieu définitif de la présence de Dieu parmi les hommes ! A la fois réalité existant par elle-même et pierre d’attente, le temple évoquait une réalité plus grande encore mais ô combien mystérieuse… Du reste, Origène note que les justes de la première Alliance « avaient pleinement conscience que l’autel du temple n’était pas le véritable autel mais seulement l’image et la figure du véritable autel à venir » (<em>In Jos. hom</em>. 26, 3).</p>
<p style="font-weight: 400;">On comprend alors la stupeur des Juifs qui ont assisté à la purification – assez rude et efficace, il faut le dire – du lieu saint et qui ont entendu sans comprendre les paroles du Seigneur : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19). Les disciples eux-mêmes n’ont pu comprendre cela qu’après la résurrection du Seigneur : « Il parlait du sanctuaire de son corps » (Jn 2, 21). Le temple de Salomon était un signe prophétique de l’Incarnation du Seigneur. Lorsque Jésus entre dans le temple et le purifie en le restituant à sa fonction première, il se manifeste comme le temple véritable, c’est-à-dire l’Emmanuel, Dieu avec nous. Pas seulement de façon symbolique, mais de façon bien réelle. Saint Paul le dit ainsi : « En lui, dans son propre corps, habite toute la plénitude de la divinité. En lui, vous êtes pleinement comblés, car il domine toutes les Puissances de l’univers » (Col 2, 9). Bienheureux sommes-nous : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu » (Lc 10, 23-24).</p>
<p style="font-weight: 400;">Nous-mêmes qui avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ, nous avons été baignés dans l’eau vive qui jaillit du côté du temple véritable, ouvert sur la croix et nous vivons de sa vie. Nous pouvons alors dire en vérité, avec l’Apôtre : nous sommes un sanctuaire de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en nous (cf. 1Co 3, 16). Le corps de Jésus n’est pas limité par son corps personnel mais comprend « tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu » (Rm 8, 14). Ce corps dont nous sommes les membres, c’est l’Église. Chacun des sacrements que le Seigneur a institués a pour fonction de nous faire vivre de cette vie divine qui se répand du Christ-Tête jusque dans le plus petit de ses membres. Par conséquent, l’Église est présente partout sur la surface de la terre, dès lors qu’un chrétien est présent : <em>ubi christianus, ibi Ecclesia</em>. Cette vie divine que l’Esprit Saint, Seigneur et donateur de vie, nous communique, nous conforme à Jésus pour que, tout au long de notre vie, nous puissions « éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable(s) à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts » (Ph 3, 10-11).</p>
<p style="font-weight: 400;">La dédicace de la basilique du Latran que nous fêtons en ce jour nous permet de rendre grâce à Dieu non seulement pour la consécration d’un lieu précis où nous pouvons « adorer le Père en esprit et en vérité » (Jn 4, 23), mais encore de raviver en nous la joie d’être membre du corps du Christ, sanctuaires de Dieu et temples de l’Esprit afin de vivre toujours plus dans la conscience joyeuse de la présence de Jésus ressuscité au plus intime de notre être. Que le Seigneur nous accorde de vivre chaque jour en sa présence jusqu’au jour où « nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3, 2).</p>
<p style="text-align: right;"><span style="font-weight: 400;">fr. Guillaume Petit, op</span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La foi augmentée</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/la-foi-augmentee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. Gilbert Narcisse]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Oct 2025 09:04:57 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23769</guid>

					<description><![CDATA[Notre évangile est traversée par deux expressions riches de sens spirituel : « Augmente en nous la foi » et « nous sommes des serviteurs inutiles » ou « nous n’avons fait que notre devoir ». Comment comprendre ensemble ces deux expressions pour enrichir notre vie spirituelle ? La demande des apôtres pourrait être comprise comme une humble prière : « Augmente ma [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #000000;">Notre évangile est traversée par deux expressions riches de sens spirituel : « Augmente en nous la foi » et « nous sommes des serviteurs inutiles » ou « nous n’avons fait que notre devoir ». Comment comprendre ensemble ces deux expressions pour enrichir notre vie spirituelle ?</span></p>
<p><span style="color: #000000;">La demande des apôtres pourrait être comprise comme une humble prière : « Augmente ma foi car je sais qu’elle n’est pas bien grande ». Mais la réaction de Jésus à rebrousse-poil montre qu’il s’agit d’autre chose. « Si vous aviez de la foi », répond Jésus, autrement dit, si vous aviez autant de foi que vous l’imaginez, ce serait bien suffisant pour accomplir de grandes choses, des choses étonnantes.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Voilà le lien entre nos deux affirmations : l’imagination. C’est une belle réalité, notre imagination. Elle est au principe des grandes œuvres d’art et de toute sorte de créativité. Mais, comme toute nos facultés, elle est aussi touchée par le péché originel et elle tend à vivre sa propre vie au dépend du réel, de la vraie vie, de ce que l’on est réellement et, avant tout, de qu’on est en vérité devant Dieu.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Une tradition spirituelle la nomme : « la folle du logis ». Là ou devrait régner la raison et la pleine liberté, l’imagination impose au logis, à l’âme, son désordre, sa fantaisie, son trouble.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Alors, de tout temps, l’être humain rêve, il rêve d’être augmenté : économiquement ; politiquement ; juridiquement ; électroniquement et même religieusement, y compris quand on se trouve devant la seule humanité vraiment augmentée, qui est l’humanité de Jésus.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">C’est vrai que la foi peut grandir. Car la foi n’est pas seulement une conviction qu’on a ou qu’on n’a pas ; qu’on possède ou qu’on a perdue. Il est donc légitime de demander humblement à Dieu de l’augmenter. Mais si l’on s’imagine qu’on a déjà beaucoup de foi et qu’un peu de surplus nous ferait du bien, alors, on n’est plus dans le réel, on est dans l’imaginaire, et c’est pourquoi Jésus nous remet les yeux en face des trous, l’imagination à sa place, pour enrichir notre intelligence et notre volonté, notre vie spirituelle.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Un professeur de morale expliquait que l’être humain vit sa vie à 80 % dans l’imagination. On pense se connaître ; on pense connaître les autres. En fait, on ne pense pas, on imagine. On estime les intentions d’autrui : pourquoi il dit cela, pourquoi il ne dit rien, pourquoi il est absent ou présent, etc. I-ma-gi-nat-ion, la plupart du temps. Bref, on se trompe, on trouble le réel et on s’empoisonne, soi et les autres.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Si Jésus insiste tant sur la vérité de la foi, celle qui nous habite, même comme un grain de moutarde, et c’est pas bien gros, c’est que cette vérité de ma foi personnelle, ce que je suis vraiment devant Dieu, est la condition de la charité. La foi augmentée, c’est la charité.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Alors, l’imagination, oui, pour être créatif dans la charité mais pas pour surestimer sa vie spirituelle, même avec quelque coloration d’humilité, car l’imagination sait faire cela aussi et le Diable est un grand imaginatif et a beaucoup de pouvoir sur notre imagination.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Ensuite, vient la seconde tromperie de l’imagination : imaginer qu’on en a fait beaucoup. Ce qui revient à croire qu’on en a fait bien assez et que le bon Dieu ne nous en demande pas tant. « Je ne suis pas un saint, certes, mais, à peu près, un bon chrétien ». Mais qu’est-ce que ce chrétien qui se résigne, si facilement, à ne pas être un saint ? C’est un chrétien qui n’aime pas, un imposteur.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Là, encore, Jésus remet les choses en place : exécuter ce qu’on doit faire, ce n’est pas un exploit. Que des époux s’aiment ; que des enfants honorent leurs parents ; que des religieux soient religieux ; que des frères prêcheurs prêchent, y a pas de quoi s’en vanter. C’est le minimum du « simple serviteur » comme dit Jésus. Faut pas s’attendre à recevoir une place d’honneur ou à être canonisé parce qu’on aura fait ce qu’on devait faire. Cela, les plantes et les animaux le font. Ça, c’est le minimum, c’est déjà bien, mais le Christ et l’Esprit-Saint nous donnent d’en faire beaucoup plus.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Beaucoup plus ? Peut-être pas, beaucoup mieux : sûrement. C’est quoi ce mieux ? C’est l’amour avec lequel nous faisons tout cela ; c’est l’amour avec lequel nous croyons ; c’est l’amour avec lequel nous servons. C’est l’amour qui imprègne la moindre parcelle de notre vie.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">Peut-être que Jésus attendait plutôt cette demande de la part des Apôtres : « Augmente en nous la charité » ; « fais de nous les serviteurs inutiles de l’amour gratuit ». Pour cela, il faudra que Jésus leur explique encore ; il faudra surtout que Jésus aille jusqu’à l’extrême de l’amour sur la Croix. C’est là seulement que la foi s’ajuste, que le serviteur devient un serviteur de la grâce, qu’il devient un « simple » serviteur, rien de plus que de répandre le don de Dieu mais selon la mesure de Dieu, non imaginée à hauteur pauvrement humaine, mais vraiment à la mesure d’un autre amour.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">On peut encore rêver, mais avec Dieu, c’est plus sûr.</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #000000;">fr. Gilbert Narcisse, op</span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Levez les mains pour Emmanuel</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/levez-les-mains-pour-emmanuel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. Romaric Morin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Sep 2025 09:34:47 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23763</guid>

					<description><![CDATA[Une fois n’est pas coutume, mettons de côté l’Évangile et intéressons-nous à l’épître de s. Paul que nous avons entendue en 2e lecture. Eh bien si nous la prenions réellement au pied de la lettre, alors il conviendrait que nous levassions (c’est toujours chic un imparfait du subjonctif) tous les bras au ciel, façon dévisseur [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Une fois n’est pas coutume, mettons de côté l’Évangile et intéressons-nous à l’épître de s. Paul que nous avons entendue en 2<sup>e</sup> lecture. Eh bien si nous la prenions réellement au pied de la lettre, alors il conviendrait que nous levassions (c’est toujours chic un imparfait du subjonctif) tous les bras au ciel, façon dévisseur d’ampoules diront certains, afin de prier avec piété, dévotion et ferveur pour Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu. Essayez d’imaginer un peu la scène : tous debout, le bras en l’air et criant d’une seule voix « Viens Seigneur, viens bénir Emmanuel et Sébastien ». Pour ma part, compte tenu non seulement de la légendaire réserve bordelaise mais plus encore du climat actuel de tension politique, je ne suis pas vraiment convaincu qu’une pareille invitation à prier ainsi suscite effectivement beaucoup d’enthousiasme.</p>
<p style="font-weight: 400;">Et pourtant ! Et pourtant tel est bien ce que s. Paul nous demande explicitement, formellement ce matin. « <em>J’encourage avant tout à faire des demandes, des prières, des actions de grâce (…) pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité. (…) Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains.</em> » Car cette prière, comme le dit s. Paul lui-même, est « <em>bonne et agréable à Dieu notre Sauveur</em> ». C’est qu’il s’agit en effet de prier « <em>en faveur de tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité</em> ».</p>
<p style="font-weight: 400;">Autrement dit, si je résume, il s’agit de prier en faveur de ceux qui exercent l’autorité – concrètement, Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu et <em>tutti quanti</em> – afin que ceux-ci assurent la tranquillité de l’ordre publique. Afin que cette tranquillité de l’ordre public nous assure par suite les conditions d’une prière digne et fervente. Afin que cette prière digne et fervente nous assure à son tour de connaître la vérité et que cette connaissance de la vérité, enfin, nous assure le salut. Tout cela est parfaitement cohérent et légitime. Nous n’avons rien à y redire. Rien à y redire certes, mais peut-être beaucoup à préciser.</p>
<p style="font-weight: 400;">Première précision, en priant pour que ceux qui exercent l’autorité assurent la tranquillité de l’ordre public, nous prions pour qu’ils assurent ce qui est l’essentiel de leur mission, pour qu’ils répondent à leur mission première. Car l’autorité, quelle qu’elle soit (civile, religieuse ou familiale), a pour mission première de servir le bien commun de la communauté dont elle a la charge. Tel est son rôle et sa raison d’être : servir le bien commun. Or, ici-bas, la plus haute réalisation du bien commun ou, pour le dire autrement, le bien commun le plus important et qui prime tous les autres aspects et toutes les autres composantes du bien commun, c’est justement l’ordre, l’unité, la paix de la société, qui ici-bas est le reflet le plus parfait de la perfection de Dieu (qui est le bien commun par excellence). S. Paul nous invite donc à prier pour que ceux qui exercent l’autorité remplissent fidèlement leur mission en ce qu’elle a de plus essentiel. Soulignons alors deux points quant à cette prière.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tout d’abord, s. Paul nous invite à prier pour que l’autorité serve effectivement le bien commun et le bien commun en ce qu’il a de plus essentiel (l’ordre public). Et non d’abord pour des points annexes ou contingents de la politique (telle que la baisse des impôts, la réforme des retraites ou de l’Éducation Nationale, etc.). Bien sûr, ces divers points aussi sont importants et font pleinement partie du bien commun. Mais seulement en tant que moyens en vue d’assurer la tranquillité de l’ordre public (qui est la véritable fin). Ces divers points ne sont pas l’essence même du bien commun, mais seulement ce qui en permet une meilleure et plus parfaite réalisation. Il est certes parfaitement possible de prier à ces intentions-là. Mais de manière seconde.</p>
<p style="font-weight: 400;">En outre nous ne prions donc pas directement pour jouir de la tranquillité de l’ordre public, mais nous prions pour ceux qui en ont la charge afin qu’ils assurent cette tranquillité de l’ordre public. Nous prions d’abord et directement pour les chefs d’État et autres dirigeants eux-mêmes, en vue indirectement de la tranquillité de l’ordre public. Nous prions pour des personnes, en raison de la charge qui est la leur, et cela quelle que soit l’affection ou l’estime que nous pouvons avoir pour ces personnes.</p>
<p style="font-weight: 400;">D’où une seconde précision à apporter quant à la demande de s. Paul de prier pour les chefs d’État et ceux qui exercent l’autorité. Nous pouvons être dubitatifs, circonspects, voire critiques quant à la politique menée par nos dirigeants et leur service du bien commun. A tort … ou à raison de notre part. Il se peut en effet que ceux qui exercent l’autorité dans la communauté (quelle que soit la communauté concernée d’ailleurs : l’État, la commune, l’Église, le diocèse, l’entreprise, etc.), il se peut que ceux-là ne soient effectivement pas à la hauteur de leur mission et ne servent plus le bien commun. En soi, reproches et critiques peuvent donc être parfaitement fondés.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour autant, ces critiques aussi fondées soient-elles n’apportent généralement pas grand-chose à la situation, quand elles ne contribuent pas à semer elles aussi le trouble et ajouter du désordre et donc à desservir le bien commun. Entendons-nous bien, il n’est pas question ici de s’interdire tout jugement critique et d’accepter sans mot dire toute décision politique. Bien au contraire ! Mais face à la déficience, réelle ou supposée, des dirigeants notre première et principale réaction, nous dit s. Paul, est de commencer par prier. Cette prière ne nous interdira pas de critiquer, elle ne nous dispensera pas d’agir et de réagir si besoin. Mais tant que nous n’avons pas prié, critique et action risquent bien d’être elles aussi désordonnées car alors nous ne sommes pas assurés de porter sur la situation et les personnes le regard même de Dieu.</p>
<p style="font-weight: 400;">Oui, face à la déficience, réelle ou supposée, des dirigeants notre première et principale réaction est de commencer par prier. Par prier pour la conversion de ces dirigeants, afin qu’ils connaissent ou reconnaissent la vérité de l’Évangile et se mettent fidèlement à son service. Qui parmi nous qui aurait déjà été tenté de critiquer quelque autorité que ce soit (président, premier ministre, maire, pape ou évêque), s’est d’abord levé de nuit, veillant, jeûnant, priant à l’intention de celui qu’il entendait critiquer, d’une prière aussi fervente que la critique est véhémente ? Comme l’aurait dit Corneille : « Prends ton prie-Dieu, moqueur, à genoux tu te mets, et si tu veux dauber commence par prier ».</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Puisque s. Paul nous le demande, prions, oui prions pour Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu, et <em>tutti quanti</em>. Prions pour qu’ils soient tous au service du bien commun selon les principes de l’Évangile. Prions pour eux, réellement, sincèrement, fervemment. Amen.</span></p>
<p style="text-align: right;">fr. Romaric Morin, op</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Trouver la Croix et le Crucifié</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/trouver-la-croix-et-le-crucifie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fr. Timothée Lagabrielle]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Sep 2025 12:55:22 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23735</guid>

					<description><![CDATA[Partout, il y a des croix. Vous en portez peut-être une autour du cou. Les frères la portent à la ceinture, au bout de leur rosaire. Elle est aussi au bout de votre chapelet, dans votre poche. Dans l’église, dès qu’on lève la tête, on voit des croix. Hier j’ai essayé de compter les croix [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Partout, il y a des croix. Vous en portez peut-être une autour du cou. Les frères la portent à la ceinture, au bout de leur rosaire. Elle est aussi au bout de votre chapelet, dans votre poche. Dans l’église, dès qu’on lève la tête, on voit des croix. Hier j’ai essayé de compter les croix qu’il y a dans cette église… et je me suis arrêté en cours de route tellement il y en a ! Ce n’est pas si facile de les trouver, d’ailleurs : il y a des croix dorées sur fond d’or qu’on ne voit qu’en étant attentif, il y en a dans les tableaux… J’en ai compté quarante avant de m’arrêter. Sans me promener dans l’église, juste en restant assis à une place et en tournant la tête de tous côtés, j’en avais déjà quarante ! La Croix est le symbole du christianisme. D’ailleurs nous avons un jour de fête – aujourd’hui – pour elle, en plus du Vendredi Saint.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Comment rendre raison de cette importance ?</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Je voudrais vous proposer une image. Imaginons un camp de jeunes dans la nature, des scouts par exemple. Lors d’un grand jeu, ils doivent rejoindre un objectif par le chemin qu’ils veulent. Ils peuvent tracer tout droit à travers les broussailles, ou bien prendre un chemin plus long qui contourne les sommets pour avoir moins de dénivelé, ou encore prendre un chemin assez direct mais avec des montées… Imaginons encore qu’entre le point de départ et l’arrivée passe un fleuve et qu’il n’y a qu’un pont pour le traverser. Tous, quel que soit leur itinéraire, devront l’emprunter. Ce sera comme un point central de tous les chemins, un point de passage obligé. La Croix du Christ est comme ce pont.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Pour aller de notre point de départ, ici aujourd’hui, jusqu’au Ciel qui est le but de notre vie, jusqu’à Dieu, il y a beaucoup de chemins, ces chemins sont variés, mais il y a un point de passage obligatoire : la Croix du Christ.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">J’aime bien cette image de la Croix comme un pont. Déjà parce que j’imagine un pont de bois, comme le bois de la Croix, ou celui de l’Arche de Noé qui permettait de traverser le déluge et d’être sauvé. Et surtout parce que cette image pointe le fait que la Croix est un point de passage obligé de la vie chrétienne, qu’elle a une position centrale, et qu’elle n’est pas l’objectif de notre vie.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">C’est un point de passage obligé. Si on cherche le Crucifié, on trouve la Croix. On ne peut pas trouver le Crucifié sans rencontrer la Croix. Nos vies sont différentes, mais elles ont en commun de passer par la Croix.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Qu’est-ce que cela veut dire « passer par la Croix » ? C’est passer par des épreuves et les vivre avec patience, avec amour, comme Jésus a vécu la Croix. Ici-bas, il n’y a pas que des souffrances et des larmes, mais il y en a. Parfois, ce que nous souffrons sont les conséquences de nos mauvaises actions (par exemple, la maladie qui survient à cause de mes excès, ou la solitude, si les autres me rejettent à cause de mon égoïsme) … comment ne pas voir dans ces épreuves un moyen de rédemption ? D’autres fois, nous subissons le mal sans en être responsable, comme Jésus a souffert la Croix, et cette épreuve absurde peut avoir une valeur pourvu que nous ayons en nous, comme dit S. Paul, « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5), c’est-à-dire si nous sommes humblement prêts à être abaissés pour être élevés.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Cette association à la Croix du Seigneur est un passage obligé.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Soit parce que, dans un monde marqué par le péché, le juste ne peut pas ne pas être persécuté. C’est ce qu’a vécu notre Maître et Seigneur, nous n’aurons pas une condition radicalement différente. On ne peut pas trouver le Crucifié sans rencontrer la Croix.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Soit parce que le mal qu’on fait retombe au moins en partie sur nous, ou parce que le mal que les autres font retombe sur nous. Et dans ces épreuves subies, nous pouvons rencontrer Jésus : Quand on rencontre la Croix, on trouve le Crucifié.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Ce passage par la Croix est un chemin de gloire s’il nous permet de nous purifier, de nous faire grandir en amour, en patience, en confiance en Dieu, etc. Ce n’est pas toujours le cas et cela dépend de nos dispositions. Selon nos dispositions, les épreuves ne portent pas toujours du fruit, nous pouvons avoir des croix stériles, des croix qui ne sont pas des ponts. Et pourtant, toutes les épreuves sont des occasions de grandir en amour. C’est cela qui en fait des ponts pour rejoindre l’autre rive, celle de la victoire… parce que c’est bien l’objectif.</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">La Croix a une position centrale dans notre foi et notre vie, cela ne veut pas seulement dire qu’elle est importante, mais aussi qu’elle n’est pas le terme de la vie chrétienne. Notre but n’est pas la souffrance de la Croix – encore heureux ! – mais la Béatitude du Ciel. Comme les scouts ne s’arrêtent pas sur le pont, mais l’empruntent pour aller à leur objectif, de même la Croix est le moyen de la sainteté mais n’est pas le terme. C’est toute sa grandeur et sa gloire, mais aussi sa limite. La Croix est toute relative à la Gloire du Ciel que Dieu nous réserve. Les baskets avec lesquelles le marathonien gagne la course sont sans doute glorieuses – et il pourra les garder précieusement en mémoire de cette victoire – mais le trophée qu’il gagne compte bien plus !</span></p>
<p><span style="font-size: large; color: #000000;">Voici donc ce qu’est la Croix pour nous : un passage nécessaire, et en même temps seulement un passage vers le terme qui nous attend : Dieu lui-même. Quand on cherche le Crucifié, on trouve la Croix. Et sur la Croix, nous trouvons le Crucifié qui est aussi notre Béatitude.</span></p>
<p style="text-align: right;"><span style="color: #000000;">fr. Timothée Lagabrielle, op</span></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Jésus, l&#8217;alternative</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/jesus-lalternative/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Vincent-Thomas Rist]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Sep 2025 07:58:26 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23724</guid>

					<description><![CDATA[« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26-27) Vous connaissez bien, frères et sœurs, la célèbre et inévitable double alternative. Ou bien Jésus est [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 26-27)</p>
<p>Vous connaissez bien, frères et sœurs, la célèbre et inévitable double alternative. Ou bien Jésus est Dieu. Ou bien il ne l’est pas. Dans le premier cas, s’il se trouve qu’il est Dieu, eh bien tombons à genoux, et rendons lui l’hommage de notre adoration. Dans le second cas, s’il se trouve qu’il n’est pas Dieu, nouvelle alternative. Ou bien il ne s’en rend pas compte – c’est-à-dire : il pense être Dieu sans l’être –, et alors c’est un sérieux problème d’intelligence et il faut conclure qu’il est fou. Ou alors, il s’en rend compte – c’est-à-dire : il sait très bien qu’il n’est pas Dieu –, et alors il faut conclure qu’il est menteur, manipulateur, gourou, et c’est alors du côté de la volonté qu’il se trouve un sérieux problème. Mais ce qui est absolument exclu et qui n’a résolument aucun sens, c’est l’opinion qui est de très loin la plus commune et qui passe en surface pour la plus saine, à savoir que Jésus serait, simplement, quelqu’un de bien. C’est là la solution de confort. Elle évite de prendre position trop franchement pour ou contre Jésus. « Il n’est pas Dieu donc je ne l’adore pas. Il n’est pas fou ou manipulateur donc je ne le déteste pas. Mais il est, disons, un sage, un original, un défenseur des droits de l’homme, un apôtre de la paix, un prophète de l’amour, un écologiste, bref, je ne suis ni particulièrement pour, ni particulièrement contre, il n’est pas une menace pour mes petites habitudes, laissez-moi donc vivre en paix ! ».</p>
<p>Que cette solution en apparence la plus équilibrée soit en réalité la plus absurde ressort très clairement de ce que nous venons d’entendre. « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ». « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple ». Chers frères et sœurs, soyons très clairs. Si jamais un jour vous rencontrez quelqu’un – autre que le Christ – qui vous dit une chose pareille : fuyez à toutes jambes ! Rendons-nous compte de ce que Jésus est ici en train de dire : « Prenez les plus fortes d’entre toutes les relations humaines – époux-épouse ; parent-enfant ; frère-sœur – ; observez l’amour qui doit exister (et qui parfois existe) dans ces relations-là ; cet amour-là doit pâlir en comparaison de l’amour que vous devez avoir pour moi. Même l’amour que vous avez – et devez avoir – pour vous-mêmes doit pâlir en comparaison de celui qu’il vous faut avoir pour moi ». Et la question qui se pose est celle de savoir si une telle affirmation est vraiment sauvable. Peut-on vraiment faire autre chose que conclure, au sujet de celui qui nous dit une chose pareille, qu’il est affecté d’un narcissisme effarant ? Le seul élément de contexte qui permettrait de sauver une telle affirmation serait celui où nous aurions affaire à Dieu en personne. C’est le mystère de l’Incarnation qui, pour ainsi dire, sauve Jésus quand il dit une chose pareille, et renverse complètement la situation pour la rendre parfaitement évidente. En effet, si Jésus est vraiment Dieu, se mettre à sa suite exige de l’aimer plus que son père, plus que sa mère, plus qu’une épouse, qu’un époux, qu’un fils, qu’une fille.</p>
<p>Et nous touchons ici un aspect de la morale chrétienne qui lui est absolument propre. On entend parfois dire, et pas que par des imbéciles, que la morale chrétienne n’aurait rien de spécifique, que vivre de manière chrétienne se réduirait à vivre de manière humaine, et que la différence entre un bon chrétien et un bon païen se situerait uniquement au niveau de la foi et pas du tout au niveau des mœurs ou au niveau de l’agir. Mais ce qui aujourd’hui nous est donné par le Christ, c’est un commandement qui découle directement d’un des mystères de la foi chrétienne et qui, coupé de ce mystère, n’aurait absolument aucun sens. Dieu s’est fait homme, le Verbe s’est fait chair, par conséquent, il existe un homme que j’ai l’obligation d’aimer plus que tout les autres, y compris ceux qui me sont le plus proche, que j’ai même l’obligation non seulement d’aimer mais encore d’adorer, et ce pour cette raison qu’il n’est pas seulement un homme, mais qu’il est aussi, en personne, le Dieu unique.</p>
<p>Alors une fois que nous avons dit cela, arrive le moment de l’examen de conscience et, en ce début d’année, des résolutions. Est-ce vraiment toujours Dieu que j’aime par-dessus tout ? Sont-ce toujours les intérêts de Dieu que je cherche plus que tous les autres ? Et sont-ce toujours les intérêts de Dieu que je cherche plus que tous les autres, notamment quand sont également en jeu mes intérêts personnels (ou ce que j’estime un peu trop étroitement être mes intérêts) ou encore ceux de mes proches ? Il est très facile d’en venir subrepticement à compartimenter son existence et d’être évidemment tout à Dieu quand je suis dans la maison de Dieu (surtout s’il y a du monde autour), mais tout aux autres et un peu moins à Dieu une fois sorti sur le parvis, et finalement, une fois chez moi, tout à moi et plus du tout à Dieu.</p>
<p>Que l’Évangile résonne dans nos coeurs et y répande sa lumière, pour nous délivrer des péchés que nous y voyons, de ceux que nous ne voyons pas, et de ceux, surtout, que nous ne voyons plus.</p>
<p style="text-align: right;">fr. Vincent-Thomas Rist, op</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;humilité, la vertu des grands</title>
		<link>https://bordeaux.dominicains.com/homelies/lhumilite-la-vertu-des-grands/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Frère dominicain]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Aug 2025 09:22:09 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://bordeaux.dominicains.com/?post_type=homelies&#038;p=23719</guid>

					<description><![CDATA[À voir les choses de manière superficielle, on pourrait croire que Jésus aujourd’hui, telle Nadine de Rothschild, nous enseigne l’art des bonnes manières, ou l’art de bien se placer à table selon l’étiquette en vigueur dans le Royaume des Cieux. Il y a des choses qui se font, et d’autres qu’il est inconvenant d’adopter… En [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À voir les choses de manière superficielle, on pourrait croire que Jésus aujourd’hui, telle Nadine de Rothschild, nous enseigne l’art des bonnes manières, ou l’art de bien se placer à table selon l’étiquette en vigueur dans le Royaume des Cieux. Il y a des choses qui se font, et d’autres qu’il est inconvenant d’adopter… En réalité, il ne faut pas s’y méprendre, le Christ ne nous enseigne pas l’art de jouer au pauvre ou de se donner un style humble. Au fond, on le sait bien, la pauvreté n’est exalté que par les riches ; et certaines dernières places sont en fait très chic et très courues. Jésus, donc, ne joue pas sur ce terrain-là. Il n’en va pas aujourd’hui d’une affaire de placement de table, ou de concours pour savoir qui sera le plus humble. En définitive, ce dont Jésus parle, c’est peut-être d’abord de lui-même, lui qui a donné le premier exemple de l’humilité évangélique. Songez à l’hymne aux Philippiens : « ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus, qui ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. » Ou comme s’exclame l’abbé Huvelin à Charles de Foucauld, « Notre-Seigneur a tellement pris la dernière place que jamais personne n’a pu lui ravir. » Ainsi, peut- être aurions-nous honte d’imiter un homme humble, imitons du moins un Dieu humble (cf. S. Aug., Tr 25 sur Jn 16), qui prit place aux côtés des pécheurs.</p>
<p>D’ailleurs, à y regarder de près, il en va d’abord d’une certaine lucidité, car force est de constater que la connaissance de nous-mêmes nous met à genoux. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » L’humilité, c’est la vérité. Et pour l’avoir méconnue, l’amour désordonné de sa propre excellence conduisit le premier des anges à connaître le sort de la grenouille de la fable : « La chétive pécore s’enfla si bien qu’elle creva. » L’orgueilleux se méprend sur son propre compte. Reconnaissons-le, nous devons tout à Dieu, et chacun possède en lui-même de quoi confectionner un grand pécheur ; il n’y a pas un vice que nous ne soyons pas capables de commettre. Entre moi et l’abîme de tous les désordres, il n’y a que la grâce de Dieu qui m’empêche de tomber. En ce sens, on comprend pourquoi l’humilité est bien le commencement de la sagesse, car il s’agit de réguler par la raison — qui donne une juste appréciation de nos limites et de la grandeur de Dieu — nos désirs et nos affections spontanées, pouvant aisément nous conduire sur la pente de l’orgueil. Qu’on se le dise : au ciel il y a tous les péchés sauf l’orgueil ; et en enfer toutes les vertus sauf l’humilité. À la réception que Dieu donne, il invite les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles ; nous en somme, qui n’avons rien à lui donner en retour. Le propos est radical. L’humilité chrétienne est donc avant tout une posture fondamentale, un art de vivre qui règle quotidiennement notre rapport en face de Dieu.</p>
<p>Cela dit, le retournement évangélique que Jésus manifeste aujourd’hui ne doit pas se confondre avec une contrefaçon répandue qu’il est loisible de railler. Il faut certes rester à sa place devant notre Créateur et Rédempteur, mais en même temps, il y a de quoi être gêné par une certaine rhétorique de la petitesse, qui à bien des égards n’est pas chrétienne ; du Ste Thérèse de Lisieux dégriffé et caricaturé. En effet, l’humilité est la vertu des grands. « Qui s’abaisse sera élevé. » avons-nous entendu. Bien souvent, cependant, ce qu’on présente comme tel est en fait le cache-sexe de notre pusillanimité, autrement dit de notre petitesse d’âme, de notre manque d’ambition, de nos abandons quotidiens, qui font qu’on s’éloigne des grandes choses et de notre vocation. L’humilité chrétienne, quant à elle, dans la mesure même où elle repose sur la reconnaisse du don de Dieu, peut être source de magnanimité, d’une grandeur d’âme, qui s’appuie sur l’assurance dans l’absolue fidélité de Dieu. Comme l’écrivait François de Sales, « À mesure que l’homme humble s’estime chétif, il devient plus hardi parce qu’il a toute sa confiance en Dieu ». D’une certaine manière, la pusillanimité n’est donc pas sans lien avec l’orgueil, du fait qu’elle s’appuie excessivement sur son propre sentiment et ses seules forces. Au fond, est sans doute plus ambitieux celui qui veut escalader l’Everest — en reconnaissant humblement la rudesse du chemin, les limites de sa condition physique et l’importance d’un bon équipement — que celui qui renonce, eut égard à la disproportion entre ses seules capacités et la difficulté de l’entreprise.</p>
<p>Le mystère de l’humilité ne se comprend ainsi que dans la mesure où nous parvenons à entrer dans cette logique particulière, qui est celle de l’invitation au festin des noces de l’agneau, dans la Jérusalem céleste, la ville du Dieu vivant (Car malgré tout, il y a bien ici une affaire de repas). Et ce n’est pas rien… Toutefois, le secret déroutant que Jésus livre aux invités de la noce, c’est de se placer à la dernière place, autrement dit, on l’a lu, à la place de celui qui sait que le Maître de la Noce ne l’oublie pas. Prendre la dernière place, vivre humblement, c’est en fait se situer devant le regard de Dieu. Regard posé sur nous, et qui élève jusqu’à lui. « Mon ami, avance plus haut. » Bien sûr, notre viel Adam intérieur se cabre, et se méfie du regard de Dieu ; il préfère se cacher et se coudre des pagnes pour oublier sa radicale nudité. Toutefois, nous le croyons, cette voie étroite — qui requiert la conversion permanente de nos manières habituelles — est un chemin de vie. « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient aussi davantage homme. » (GS 41) : l’humilité qu’il propose — vivre sous son regard — n’est pas une dénaturation ; bien au contraire.</p>
<p>Que le Christ, notre Maître intérieur — Lui qui était trop grand pour être orgueilleux — nous enseigne la voie de l’humilité véritable ; ainsi, nous marcherons aux côtés de notre Dieu, jusqu’au jour où nous prendrons place, les mains vides, au festin qu’il a préparé pour nous. Amen.</p>
<p style="text-align: right;">fr. Corentin Pezet, op</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
